Coût de la pollution de l’eau par le nitrate : un raisonnement contestable

Zéro nitrate, ce slogan marketing de l’industrie de l’eau en bouteille est repris sans discernement dans une étude mise en ligne fin septembre sur le site du ministère de l’écologie. Les auteurs calculent en effet « les couts d’une élimination totale des nitrates » dans les eaux comme ils le font aussi pour les pesticides. L’éliminer dans l’eau n’apporterait cependant aucun bénéfice pour la santé. La norme de 50 mg de nitrate par litre, d’ailleurs de plus en plus contestée par les nouvelles recherches médicales1 ne fait courir aucun risque sanitaire établi à la population. De plus l’étude rapporte que le dépassement de cette norme dans l’eau distribuée par le réseau public est devenu une exception.
Le nitrate est naturellement présent dans notre alimentation. Il est apporté à 80% en moyenne par les légumes dont la consommation nous est recommandée, à 10% par l’eau de boisson et pour les 10% restant par les salaisons. Son rôle sur la protection du système digestif et sur d’autres fonctions de régulation est désormais mieux compris.
« 715 000 tonnes d’excédent d’azote venant de l’agriculture »2, c’est le chiffre repris dans l’étude pour calculer le coût d’épuration du nitrate dans les eaux. Les auteurs auraient pu consulter la brochure du CORPEN sur les indicateurs d’azote3 pour éviter cette erreur de raisonnement. En effet l’excédent du bilan d’azote ne permet pas de distinguer entre les pertes gazeuses par volatilisation ou dénitrification dans les sols, les pertes de nitrate dans l’eau et/ou le report de stock d’azote dans les sols sous forme organique ou minérale. L’excédent ou solde comme il faudrait plutôt le nommer d’après le CORPEN est calculé par différence entre l’apport total d’azote aux sols : engrais, effluents d’élevage, fixation par les légumineuses et recyclage organique, et les exportations dues aux récoltes. L’azote sous sa forme nitrate prélevé par les plantes sert à produire les protéines végétales qui sont à la base de notre chaîne alimentaire.
L’indicateur est cependant intéressant sur le long terme pour mesurer l’amélioration globale de l’efficacité des apports d’azote quelle que soit leur origine. En vingt ans, le solde a été divisé par deux ; il est inférieur à 600 000 tonnes sur les deux dernières années 2009 et 2010 représentant 15% de l’apport total4. Une approche encore plus intégrée du cycle de l’azote, limitant les pertes gazeuses en élevage notamment, permettra de poursuivre encore cette tendance en réduisant à la fois l’apport nécessaire d’azote et le solde de bilan.

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