Les mycorhizes ne remplacent pas le phosphore

Suite l’article Nouvelle alerte environnementale: épuisement du phosphore! sur le site www.techno-science.net, voici la réponse de Philippe EVEILLARD (Responsable pôle agronomie, environnement et statistiques de l’Union des Industries de la fertilisation)

Les mycorhizes en association avec les racines de certaines espèces permettent aux plantes de prélever plus facilement le phosphore du sol. Cependant les récoltes exportent le phosphore contenu dans leurs grains ou dans d’autres parties récoltées de la plante. L’appauvrissement du sol est inéluctable si du phosphore n’est pas ramené au sol. Cela a été constaté dans de multiples essais de longue durée, sur 20 ou 30 ans, conduits sur des successions de culture. La biodisponibilité de cet élément diminue inexorablement jusqu’à devenir  le principal facteur limitant de la croissance des jeunes plantes entrainant baisse de productivité et perte d’efficacité de l’azote et des autres intrants.

Pour restituer cet élément au sol, on peut compter sur les résidus et les racines laissées au sol, sur les apports organiques des effluents d’élevage et des déchets urbains (boues de station d’épuration, déchets alimentaires…). Cependant ces fertilisants représentent des masses importantes mais peu concentrées en phosphore, épandues souvent en trop forte quantité mais sur des surfaces trop limitées. On doit bien sûr améliorer ce recyclage mais il ne suffira pas à assurer tous les besoins. C’est pourquoi les phosphates minéraux représentent une ressource indispensable pour produire des engrais dont la teneur et la solubilité sont garanties et la forme granulée précise à épandre ou à localiser près de la plante.

Le pic d’exploitation des phosphates ne sera pas en 2030 ni plus tard parce que le recyclage et la fertilisation raisonnée permettent de réduire les apports de façon conséquente. En Europe les apports de phosphates ont été divisés par trois en trente ans. D’autre part de nouvelles ressources sont mises en exploitation au Pérou en 2010, en Arabie saoudite en 2012  et d’autres projets suivent qui assureront un approvisionnement pour plusieurs centaines d’années à la condition d’améliorer encore l’efficacité de la fertilisation. C’est le rôle que peuvent jouer les mycorhizes pour rendre les engrais plus efficaces en augmentant la part directement prélevée par les plantes. On ne fera pas l’agriculture durable sans meilleure gestion du cycle du phosphore.

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