Du phosphore pour beaucoup plus longtemps*

Les réserves de cette ressource vitale ont été réévaluées

La question du « Peak oil » le point le plus haut de l’exploitation pétrolière est une histoire ancienne, elle se pose pourtant à nouveau avec le prix très bas. Le phosphore voilà une matière première vitale  qui ne peut être substituée. Il est nécessaire à la croissance de chaque homme et chaque plante. On a longtemps considéré que le phosphore disparaitrait. En la matière, le « Peak » pourrait bel et bien être significativement repoussé. Il y a encore peu de temps, selon les prévisions des spécialistes, les réserves de cette matière première ne pouvaient pas excéder 30 ans. Aujourd’hui, les experts optent davantage pour des réserves de près de 400 ans.

Comment les prévisions ont-elles pu si fortement bouger ? « 2035 sera l’année de la pénurie de phosphore » alertait, il y a encore peu de temps, l’université de Rostock qui, avec 80 scientifiques et 30 projets, s’est spécialisée sur le recyclage des matières issues des boues d’épuration. Aujourd’hui, la situation semble bien différente. « Cela repose avant tout sur le fait que les prévisions ont été significativement revues à la hausse pour le Maroc, là où se trouve les plus importantes réserves. » déclarait il y a peu, à Frankfort, un porte-parole d’IVA, l’association agricole allemande.

Les chiffres officiels le confirment. D’après l’agence fédérale [allemande] pour les matières premières, les réserves mondiales en phosphore atteignent 71 milliards de tonnes, dont 77 % se trouvent au Maroc. Il y a encore 10 ans, les experts estimaient que les réserves mondiales ne pourraient dépasser les 17 milliards de tonnes. Au niveau actuel de consommation – la majeure partie est absorbée par les engrais en agriculture-, nous pouvons alors tabler sur 385 années de stocks de phosphore.

Pourtant cette matière première se trouve principalement dans des régions ou des pays considérés comme politiquement incertains ou instables. Au Maroc, où le marché du phosphore est nationalisé, la plupart du stock se trouve au sud du pays, au Sahara occidental. La région, où, une partie de la population se bat pour l’indépendance, est toujours le théâtre de combats.

La deuxième réserve la plus importante est en Chine mais ne représente que 6 % du stock mondial. Là aussi, une entreprise d’Etat gère les matières premières d’importance vitale. La planète a, il y a quelques années, bien retenu ce qu’il pouvait se passer lorsque l’extraction restée aux mains d’un nombre de plus en plus réduit d’entreprises étatiques. Les prix ont grimpés drastiquement lorsque la Chine cessa soudainement d’exporter – soi-disant pour pouvoir garantir sa propre consommation – dans un marché déjà touché par la crise et des prix en croissante forte. Le prix de la tonne de phosphore décupla alors soudainement pour friser avec les 550 dollars pour atteindre actuellement une constante de 115 dollars. Bien que la Chine n’ait pas les plus importantes réserves, elle commercialise des quantités toujours plus grandes. A cause de la distance, l’Asie reste, globalement, son plus gros client.

L’arrêt soudain des exportations chinoises a imposé à la Commission européenne de mettre les roches phosphates sur la liste des 20 matières premières critiques. L’Europe est finalement dépendante à plus de 90 % des importations. Il y a, toutefois, certaines réserves dans les pays scandinaves. De nombreuses entreprises s’emploient, avant tout, au traitement des roches phosphates importées du Maroc ou de Chine, comme BASF ou la filiale allemande du consortium Israel Chemicals à Ludwigshafen.

Indépendamment de cela, la disponibilité-ou-non de la matière première n’empêche pas la croissance des lancements de projets-pilotes autour du recyclage. Les éléments nutritifs sont à extraire des boues d’épuration tout en excluant les résidus médicamenteux. Deux laboratoires expérimentaux se trouvent à Offenbourg et à Berlin.

Des chercheurs de l’université de Rohstock cherchent à mieux séparer et exploiter la matière issue des résidus d’abattoirs et des squelettes animaux. La recherche en biologie végétale devrait également favoriser les économies de matière. L’analyse génomique permet aux chercheurs de sélectionner les pommes de terre en fonction de leur besoin en phosphore, afin d’optimiser leur poids.

*Traduit d’après Der Phosphor reicht viel länger, Frankfurter Allgemeine Zeitung, vom 10 Mai 2016

Photo : rtci.tn

Cet article vous a plu : partagez-le !

Ces articles peuvent également vous intéresser

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Haut