Spasibo !

Personne n’évoquait trop cette question, il y a encore quelques semaines. Mais la situation instable autour de la Crimée, nous rappelle – au delà de la ténacité de Mac Mahon et de son fameux « J’y suis, j’y reste » à Malakoff – que l’Ukraine demeure le grenier à grain de l’Europe.

L’incertitude géopolitique au sud du pays se fait ressentir sur les cours mondiaux des céréales qui ont atteint des sommets. Sur Euronext, le blé de meunerie à mars 14 frise les 210 € la tonne et la tonne de maïs à juin 14 a dépassé les 185 €.

Crise monétaire et stocks bloqués
En termes de livraisons, les chiffres restent impressionnants pour la période de l’année. Selon Agritel, 2,3 Mt ont été exportées en février – à 85% du maïs – dépassant le record des 2,1 Mt atteint en 2009. Mais contrairement aux pronostics, l’Ukraine ne deviendra, sans doute, pas cette année le troisième exportateur mondial de maïs et le sixième pour le blé. L’instabilité dans la région fait craindre une pénurie sur ces deux marchés tant les exportations de céréales restent, pour le moment, bloquées. Le 12 mars dernier, RFI indiquait que 6 millions de tonnes, déjà vendues, attendaient dans les silos ukrainiens. Depuis le référendum du dimanche 16, la russification de la péninsule pourrait bien maintenir cette situation autarcique. Compte tenu des tentions actuelles le port de Sébastopol reste bloqué et la proximité géographique avec Odessa, premier port d’exportation pour les céréales, fait que les armateurs ne se risquent plus à y envoyer leurs bateaux. Pire encore suite aux résultats du référendum, la principale banque d’Ukraine, la « Private Bank » a annoncé hier la fermeture de ses agences de Crimée, ses statuts l’empêchant d’avoir des activités à l’étranger ; les autres banques ne distribuent plus la monnaie ukrainienne en attendant les roubles russes pour leurs distributeurs. Cela va renforcer, chez les paysans, le phénomène de rétention de marchandises entamé ces dernières semaines par crainte d’une dévaluation potentielle de leur monnaie.

Risque sur les intrants
Côté importations, les agriculteurs risquent de manquer de moyens pour pouvoir acheter les intrants essentiels à la culture du mais qui sera plantée ces prochaines semaines. Avec un tel marché, les producteurs d’engrais et de phytosanitaires pourraient percevoir une évolution de leur chiffre d’affaire.

Hausse des prix de l’alimentaire en Europe
Le premier phénomène va raréfier l’offre des matières premières utilisées pour l’alimentation animale alerte Coop de France qui craint une nouvelle perte de compétitivité du secteur français de l’élevage.

La diminution potentielle des intrants pourrait, quant à elle, avoir des incidences haussières sur le maïs par un phénomène de baisse des rendements à l’automne prochain.

Avec tous ces événements et retour probable du phénomène El Niňo et son risque de sécheresse sur les cultures australiennes, les fonds d’investissement n’ont jamais autant parié sur une hausse des matières premières agricoles ce qui ne favorise pas un retour au calme sur les marchés.

Peu de certitudes et beaucoup de suppositions sur l’évolution de la situation en Crimée comme sur le plan météorologique mais pour autant les inquiétudes demeurent. Nous n’avons pas tellement envie de dire spasibo* !

*Spasibo veut dire merci en russe

ArticleBlog140318-Odessa

 

 

 

Illustration : le port d’Odessa

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