Coûts de la pollution attribués aux engrais azotés : une méthodologie contestable

Une étude récente du Ministère de l’écologie évalue les coûts environnementaux de la fertilisation azotée entre 0.9 et 2.9 Md d’€ en se basant sur un bilan azote de la ferme France de 2010. L’émission du protoxyde d’azote, un gaz à effet de serre produit par les microorganismes du sol représente à lui seul un coût de 0.35 à 2.0 Md d’€ variable selon le prix donné à la tonne de CO2eq devant les coûts liés à l’émission d’ammoniac dans l’air et de nitrate dans l’eau. Il faudrait pourtant considérer les flux d’azote des élevages comme un élément interne du système ce qu’omet l’étude. Pour 2010, ils sont pourtant de 1.7 millions de tonnes d’azote contenus dans les excrétions des animaux émises au pâturage ou collectées dans les fumiers, fientes et lisiers, soit près de 40% de l’apport total d’azote aux sols agricoles générant deux tiers des émissions d’ammoniac et un tiers environ des émissions de nitrate et de protoxyde d’azote. Attribuer la totalité des émissions de ces trois composés azotés comme le fait l’étude aux seuls engrais minéraux est donc une erreur méthodologique.

Par ailleurs, une récente étude remise au Ministère de l’environnement britannique montre qu’il existe déjà une émission de protoxyde d’azote dans un sol non fertilisé due à l’azote libéré chaque année par la minéralisation d’une partie de l’humus du sol. Contrairement au calcul recommandé par le GIEC 2006, il n’y a pas de simple proportionnalité entre l’apport d’azote et l’émission de N2O. La Grande-Bretagne envisage donc d’adopter un mode de calcul du N2O plus juste en attribuant une part à l’émission du sol avant tout apport. Pour l’émission d’ammoniac – un autre gaz à durée de vie courte dans l’atmosphère mais participant à la formation de particules fines avec d’autres polluants – les fertilisants n’ont pas tous le même risque. Les lisiers et les fientes présentent un risque élevé s’ils ne sont pas enfouis après épandage, il en est de même pour les engrais contenant de l’azote uréique (l’urée, la solution azotée) ou ammoniacal alors que les ammonitrates sont faiblement émissifs.

L’étude identifie « de sérieuses limites (au calcul) vu la complexité des phénomènes » (p14). Elle reconnait que « les engrais azotés ont permis des rendements beaucoup plus élevés » (p9) mais ne chiffre pas les externalités positives tant économiques, sociétales et environnementales d’une utilisation raisonnée de l’azote qu’il soit d’origine minérale ou organique. Les nombreux essais menés chaque année mettent en évidence un doublement du rendement moyen en blé, orges et colza comparés à des témoins sans apport d’azote. Mais cet effet positif ne doit pas se limiter qu’au rendement et au revenu de l’agriculteur. Pour la société les effets positifs de la fertilisation raisonnée vont bien au-delà, citons : la sécurité alimentaire et le prix de la nourriture, sa qualité et notamment sa teneur en protéines végétales améliorée par l’apport d’azote, l’occupation des sols grâce à une meilleure productivité libérant des surfaces pour des prairies et des espaces boisées protecteurs de l’eau et de la biodiversité, enfin le stockage carbone dans le sol en favorisant la productivité de la biomasse végétale et le retour au sol de résidus plus abondants (racines, pailles, feuilles…)

Cet article vous a plu : partagez-le !

Ces articles peuvent également vous intéresser

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Haut